Interview

Interview de Régis Hautière pour « Les Trois Grognards » (05/2016)

Le scénariste Régis Hautière nous parle des "Trois Grognards", son nouveau projet historico-humoristique avec Frédérik Salsedo au dessin. 

Régis Hautière, en ce mois de mai sort une nouvelle série, "Les trois grognards". D’où vient ce projet ?

Régis Hautière : Frédérik Salsedo m’a proposé de travailler avec lui sur une nouvelle série. Après Nous ne serons jamais des héros et Au royaume des aveugles (au Lombard), il commençait à se lasser du style réaliste et avait envie de revenir à des choses plus légères, de retrouver un dessin plus caricatural, plus lâché. On s'est rapidement mis d'accord sur l'idée de mêler humour et événements historiques. Pour le choix de l'époque, Fred m’a d’abord suggéré d'écrire une histoire de pirates, mais j'avais peur que notre projet soit systématiquement comparé avec Ratafia, sa première série humoristique. Et j’ai donc proposé d'utiliser comme décor la Révolution française…

Mais c’est sous l’Empire que se passe "Les Trois Grognards" ?

Régis Hautière : Oui, parce qu'après réflexion, je me suis dit que la période napoléonienne était peut-être plus intéressante encore, parce qu'elle offrait des perspectives plus vastes en terme de décor. Le terrain de jeu de nos personnages s'étend à l'ensemble de l'Europe et plus seulement aux rues de Paris. De plus, l'histoire du Premier Empire a été assez peu traitée, en bande dessinée, sur le mode humoristique. L'essentiel de la production sur le sujet est historico-réaliste, ou alors carrément caricatural. Il manquait un entre-deux ; c'est ce vide que nous cherchons à combler.

Vous aviez une idée précise ou des références en tête ?

Régis Hautière : J’avais une série en tête, mais qui n’a rien à voir avec l’époque napoléonienne, il s’agit des Tuniques bleues. On reprend un peu le même principe de suivre une guerre du point de vue de soldats du rang, en mélangeant humour et aventure. L’humour et le traitement graphique sont différents de la série de Cauvin et Lambil, mais la volonté est similaire : faire une série humoristique avec un fond historique.

De gauche à droite: Honoré, Kémeneur et Félicien

Pourriez-vous nous en dire un peu plus sur vos héros ?

Régis Hautière : Tous les trois se retrouvent dans la Grande Armée pour des raisons différentes. Le premier, Honoré Dimanche, a participé à l’insurrection de Saint-Domingue avec Toussaint Louverture, ce qui lui a valu ensuite d’être emprisonné. C’est le personnage pivot de la série. Au début de l’histoire, il se voit confier, par un mystérieux commanditaire, une mission qui l'oblige à s’engager dans la Grande Armée. Il va ainsi être amené à rencontrer deux autres soldats, dont les motivations et le regard qu'ils portent sur la guerre et l'armée sont très différents des siens. L’un, Kemeneur, est un gros abruti qui n'est doué que pour deux choses : boire et se battre. Il n'a ni convictions politiques, ni valeurs morales. Il est passé de l'armée chouanne de Cadoudal à celle de la République, puis à celle de l'empire sans aucun atermoiement. Le troisième grognard, c’est Félicien Pépinet, un jeune godelureau naïf qui a une vision romantique de la guerre. Il cherche les honneurs et part se battre la fleur au fusil pour se couvrir de gloire et revenir en héros dans son village.

Comment vont-ils évoluer ?

Régis Hautière : Il y aura une histoire complète par album. On les découvre en 1805, au Camp de Boulogne, durant la préparation de l’invasion de l’Angleterre. Ce premier tome est avant tout une mise en contexte, une présentation des personnages. Ensuite, l’idée est de suivre les conquêtes napoléoniennes. Dans le second tome, nous serons à Ulm. Et si tout va bien, on ira jusqu’à Waterloo. Sinon, on s’arrêtera avant, mais en allant au moins jusqu’à Austerlitz ! En tout cas, si le public suit et si on continue à s’amuser, nous avons de la matière pour continuer !

Si l’idée n’est pas de faire une reconstitution historique, l’histoire est très documentée quand même...

Régis Hautière : Oui, mais c’est vrai aussi pour Lucky Luke par exemple. Morris et Goscinny se documentaient beaucoup sur le far west. Moi, c’est pareil. Pour la Guerre des Lulus, une pure fiction, j’ai fait pas mal de recherches. Pas forcément pour être « exact ». Je ne cherche pas l'exactitude historique, mais la justesse. Je veux que ça fasse vrai. Je suis plus attaché à faire ressentir l'esprit de l'époque qu'à respecter l'intégrité des uniformes au bouton près. Pour les Trois grognards, même si cela ne se voit pas forcément, je me suis beaucoup documenté pour savoir quels mots d'argot existaient en 1805, comment on voyageait, ce qu’on mangeait, etc.

Quelle devrait être la périodicité des "Trois grognards" ?

Régis Hautière: Nous sommes engagés avec Casterman pour les trois premiers tomes. L’idée est de sortir un album par an. Au moins pour les trois premiers. Nous avons déjà réalisé la moitié du tome 2. Et de même que dans la Guerre des Lulus, il y aura un cahier graphique à la fin, avec les deux premières pages et la couv’ du tome suivant.